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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 18:47

Titwane vient de sortir un carnet sur la brigade de répression du banditisme avec Raynal Pellicer publié chez de la Martinière ; Enquêtes Générales. Nous avons souhaité lui poser quelques questions...

Bonjour Titwane. On vous connaît peu ou pas assez. Présentez vous. Qui êtes-vous ? D'où venez vous ? Pourquoi ce pseudo de Titwane ?

Je suis un illustrateur installé à Tours. Je travaille au sein de l'atelier Cachalot qui regroupe 9 auteurs, illustrateurs et/ou graphistes indépendants. Comme illustrateur, je travaille principalement pour l'édition, adulte et jeunesse, mais parfois aussi pour la presse ou la communication. J'ai un parcours un peu particulier car je suis autodidacte en matière de dessin. J'ai fait des études scientifiques et exercé plusieurs années le métier d'ingénieur avant de me consacrer complètement au graphisme et à l'illustration. Mon pseudonyme me vient de mon grand frère qui m'a toujours appelé Titoine au lieu de Pierre-Antoine, mon vrai prénom. J'en ai simplement changé l'orthographe. J'ai toujours eu l'habitude d'avoir beaucoup de surnoms alors en choisir un comme pseudonyme s'est imposé naturellement.

Quel est votre métier ? Vous vous présentez comme illustrateur et carnettiste. Quelles sont les différences entre ces deux métiers ? Comment les définissez-vous ?

Mon métier est varié, ça fait partie de ses avantages d'ailleurs. Je suis illustrateur, carnettiste mais je pourrais dire auteur, graphiste, professeur de croquis ou scénographe. Disons qu'illustrateur est ce qui me définit le mieux en ce moment : je fais des illustrations, je crée des images, principalement pour des livres, j'illustre des textes, romans, reportages ou articles. Et c'est ce à quoi je voudrais me consacrer. Mes autres activités sont plus ponctuelles, parfois plus alimentaires. Carnettiste c'est une façon de dire que je dessine dans des carnets, que je fais du croquis d'observation. Cette activité est plus personnelle mais elle rejoint parfois l'illustration comme pour "Enquêtes Générales" où mes dessins s'apparentent à des croquis faits sur le vif, même si ils ne le sont pas vraiment. L'illustration est au service d'un texte, d'une histoire, d'un propos ; c'est un travail réfléchi, raisonné, mûri. Un croquis dans un carnet se suffit à lui-même, il n'a pas forcément d'objectif, il existe comme une trace, l'empreinte d'un moment ; c'est un instantané plutôt intuitif, direct, sans filet. L'illustration et le croquis sont deux disciplines différentes mais complémentaires et que j'essaye de mêler au plus près dans mon travail.

Vous avez sorti avec Raynal Pellicer «Enquêtes générales » chez de La Martinière en octobre 2013..Comment êtes-vous venu sur ce projet et parlez-nous en ?

"Enquêtes Générales" vient de la rencontre, il y a quelques années, avec Raynal Pellicer, auteur et réalisateur de documentaires. Il écrivait alors un (très bon) livre sur le photomaton, son histoire et son détournement par des artistes, aux éditions de la Martinière, et m'avait contacté pour y inclure des peintures que j'avais faites à partir de photomatons. Plus tard, il m'a fait intervenir sur des programmes courts qu'il réalisait pour TF1 dans lequel on voyait des carnets de voyage dont les croquis s'animaient. 25 épisodes plus tard, on s'entendait bien et on avait bien apprécié de travailler ensemble. Raynal avait depuis longtemps le projet de réaliser un documentaire sur la BRB (brigade de répression du banditisme) mais il s'était toujours heurté à un refus des services. Il a alors eu l'idée de faire appel à moi et de proposer que le reportage soit dessiné au lieu d'être filmé. Nous avons alors réalisé quelques pages à partir de l'interview d'un policier et elles ont servi de sésame pour obtenir les autorisations nécessaires à l'immersion.

Comment réalise-t-on un carnet de cet ordre ? Vous êtes vous immergé comme Raynal Pellicer au sein de la Brigade de Répression du Banditisme ?

La réalisation de ce livre a été un long processus. Je n'ai participé que de loin à l'immersion car il n'était pas possible de dessiner sur place : question de temps, d'efficacité, d'organisation. Même si j'aurais probablement pu obtenir l'autorisation de suivre les policiers, il nous a semblé préférable que l'un de nous garde un certain recul tandis que l'autre s'immergeait totalement. Raynal était sur place, prenait des notes, faisait des photos, des vidéos, des enregistrements sonores et ensuite je travaillais à partir de tout ce matériau très riche. Parfois il m'est arrivé de "passer commande" à Raynal d'images qui me manquaient mais le plus souvent j'avais plus de documentation que nécessaire. Et puis nous parlions beaucoup et souvent. Je suis allé sur place par la suite et j'ai reconnu sans peine les lieux et les personnes que j'avais l'impression de côtoyer depuis un an.

Quelle est la difficulté de rédiger un tel carnet ? En quoi est-ce spécifique ? Est-ce qu'il y a eu de la censure ? Des éléments à ne pas montrer ?

Outre les difficultés liées à n'importe quel sujet : rendre les choses intelligibles, garder un bon rythme de narration, conserver du recul, il n'y a pas eu de difficultés particulières. Nous avions quelques contraintes sur le fait de changer les noms des personnes, les visages des braqueurs mais le filtre du dessin, qui n'est pas la photo, nous a bien rendu service. Ce récit ne pouvait exister que dessiné, il n'aurait eu aucune chance de "survie" si il avait été photographique. Il n'y a eu aucune censure de la part des policiers qu'accompagnait Raynal, rien ne lui a été caché. Il y a eu une relecture par certains des policiers, par un juge et un avocat car certaines affaires évoquées ne sont ou n'étaient pas encore jugées et il ne fallait pas mettre en péril une procédure. Au final les modifications ont été minimes et n'ont porté que sur le texte.

Est-ce que l'on doit le classer dans la Bande Dessinée ? Dans la catégorie des romans graphiques ?

On ne doit pas forcément le classer, on doit juste le lire ;) .Ce livre est un peu hors cadre, c'est sa force mais aussi parfois son handicap lorsque les libraires ne savent pas trop où le ranger. Il peut se trouver au rayon BD, au rayon polar, au rayon reportage (avec les revues type XXI), au rayon beaux livres… malheureusement parfois aussi au rayon justice (qui n'est pas forcément celui où l'on se dirige en priorité pour (s')offrir un livre !). Ce n'est pas du roman graphique car ce n'est pas du roman, rien n'est fictionnel tout est vrai, même si on nous dit parfois que ça se lit comme un roman. On peut dire que c'est de la bande dessinée, on peut dire que c'est du récit dessiné ou du reportage illustré, c'est ainsi que je le qualifie le plus souvent. Nous l'avons vraiment conçu comme un carnet de voyage, avec sa chronologie et ses apartés.

Comment travaillez-vous ? Avec quelles techniques, outils ? Quel est votre rythme de travail ?

Sur ce livre j'ai travaillé principalement à la plume avec de l'encre de chine et de l'aquarelle, mais aussi parfois simplement au crayon ou à l'acrylique. Ce sont des outils simples, rapides, efficaces. Ce sont ceux que j'aurais utilisés si j'avais fait les dessins sur le vif. Même si on n'a jamais cherché à faire croire que j'étais sur place, on voulait que le résultat se rapproche d'un carnet de croquis, des carnets que je fais quand je travaille pour moi. Mon rythme de travail est simple : comme j'ai une famille, je travaille du lundi au vendredi, d'environ 9h à environ 18h et souvent de 21h à très tard. Sur certaines périodes je dois prendre un peu sur les week-ends ou les nuits, tout dépend des échéances. Pour ce livre, les échéances étaient très resserrées et j'ai fait des grosses journées pour tenir les délais, notamment les trois derniers mois.

Avez vous des modèles dans votre métier ? Si oui qui sont-ils ?

Je ne sais pas si on peut parler de modèles. J'ai en premier lieu des collègues d'atelier qui me sont d'une grande aide car je peux partager avec eux mes doutes, mes interrogations et tester mon travail grâce à leur regard aiguisé et sans concession mais toujours bienveillant, c'est très précieux. Ensuite, je suis admiratif du travail de tellement de gens que la liste serait immense. En matière de dessin proche du croquis, j'aime beaucoup le travail de Benjamin Flao, de Simon Hureau, de Nicolas de Crécy, de Fabrice Neaud, d'Emmanuel Guibert mais aussi de Beuville, Toppi, Battaglia, Mattotti, Hyman… (j'aurai à peine fini cette liste que j'aurai envie de rajouter des dizaines de noms, c'est trop dur comme exercice !)

Quels sont vos projets futurs ? Viendrez vous vers la Bande Dessinée classique ?

Actuellement je travaille sur l'illustration d'une série de romans jeunesse qui sortiront à l'automne et nous démarrons tout juste un deuxième livre avec Raynal Pellicer, dans la lignée d"Enquêtes générales", prévu pour octobre 2015. Des pages pour l'excellente Revue Dessinée sont également en préparation. Actuellement je n'ai pas de projet que l'on pourrait qualifier de bande dessinée classique car je veux continuer à explorer cette forme du reportage dessiné. J'y viendrai probablement, ce sont les rencontres qui en décideront.

Quelles sont vos références dans la Bande Dessinée et si vous y veniez quel style aimeriez-vous faire ?

Mes références dans la bande dessinée s'approchent de mes "modèles" cités plus haut. Ajoutons Tardi, Posy Simmonds, Gipi (son dernier ouvrage est une tuerie), le "Portugal" de Pedrosa, la virtuosité de Blutch,… (s'ensuit une liste sans fin de tous ces gens extraordinaires dont je ne me lasse pas de regarder le travail…). Le jour où je viendrai à la BD, j'espère juste que je réussirai à produire un travail personnel et cohérent, ce serait déjà pas mal !

Merci beaucoup pour vos réponses Titwane et à bientôt avec Oncle Fumetti.

Enquête générales chez Lamartinière : Interview de Titwane.

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Published by Oncle Fumetti
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