Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 07:55
Interview de Alex W. Inker pour Apache chez Sarbacane.

Alex W. Inker alias Alex Widendaele vient de sortir son premier album, Apache, chez Sarbacane. Oncle Fumetti a souhaité aller à sa rencontre pour en savoir plus. Il répond à ses questions.

Présentez-vous Alex. Inker. Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Pourquoi ? Comment ? Et pourquoi ce pseudo ?

Je dirais un passionné d'images quelles qu'elles soient. Et surtout de récits en images. Ce qui m'a amené à la bande dessinée et au cinéma dans mon cursus. Un passionné de dessin aussi, c'est quelque chose que je sais faire pas trop mal, et que j'ai toujours fait, donc ce serait dommage de s'en priver.

Je viens du Nord et plus précisément de l'Avesnois. J'ai pas mal bougé dans ma vie, mais finalement j'y suis encore.

Alex W. Inker, c'est à peine un pseudonyme. C'est plus comme une carte de visite. Alex — mon prénom — W. pour mon nom de famille, d'origine flamande, donc compliqué à écrire correctement et à retenir — et Inker — "encreur" en anglais, un des métiers de la bédé, et surtout l'une des choses que je préfère dans la pratique, l'encrage, au pinceau dans le cas présent. Mon nom et ma fonction.

Votre cursus semble contenir un passage à Saint Luc. Pourquoi cette école ? Et comment passe-t-on du cinéma à la BD ?

Comme je disais, je savais dessiner pas trop mal, je voulais profiter de cette chance. Donc, mon bac en poche, j'ai tenté le concours d'entrée de Saint-Luc, c'était la seule école de bédé que je connaissais, et j'y ai passé trois super années à dessiner en suivant les conseils de très chouettes profs au milieu d'un medley de jeunes dessinateurs aux styles et aux idées complètements différentes. C'était il y a plus de dix ans maintenant. Rétroactivement, ce qu'il me reste vraiment c'est la discipline que j'y ai appris et qu'impose la bédé. Le cinéma c'était après. Je suis sorti de Saint-Luc à vingt ans, j'avais encore des choses à apprendre et je ne me sentais pas de me lancer dans une quelconque carrière de dessinateur si jeune. Je suis parti rejoindre mon frère à la fac en cinéma et j'ai continué à apprendre pas mal de choses sur le montage, la narration, et surtout j'ai pu, jusqu'en thèse (que je n'ai pas eu l'occasion de terminer), consacrer mes recherches aux rapports qu'ont tissé cinéma et bande dessinée au fil de leur histoire respectives voire de leur préhistoires.

Interview de Alex W. Inker pour Apache chez Sarbacane.

Parlez-nous de « Apache ». Pourquoi ce livre, cette époque ? Pourquoi ce sujet ?

APACHE est un exercice. J'allais devenir papa, ce qui impliquait financièrement que je mette ma thèse qui n'était pas financée en stand-by. Ma thèse me prenait tout mon temps du coup j'étais un peu plus libre pour réfléchir à un projet et je me suis dit que c'était le moment ou jamais. Je me suis donc imposé un petit exercice : j'ai pris un fait divers dans un vieux numéro de L'Illustration sur une soirée hippique parisienne et je me suis acheté une moleskine. De là, j'ai imaginé une petite galerie de personnages et j'ai brodé un polar. Le but du jeu c'était de remplir la moleskine à raison d'une page par jour au minimum. Ce qui me laisser le reste de la journée — que je passais à travailler dans une imprimerie — à réfléchir à la tournure que prendrait la suite des évènements, à réfléchir aux dialogues, etc.

Parlez-nous de votre style si reconnaissable ? Pourquoi ce trait ? Pourquoi cette colorisation ? C’est une façon de vous singulariser ? De marquer votre territoire et votre empreinte ?

Non, pas du tout, c'est juste l'outil qui a fait le style. J'aime l'encrage au pinceau comme je disais. La colorisation en revanche s'ancre dans l'époque du récit. Je suis allé dans mes archives sortir des vieilles pages de Félix, de Zig et Puce, de Frisepoulet, etc.

Pourquoi un jeune auteur dans ce qui semble être une première œuvre ou au moins son premier album s’attaque-t-il à sujet si difficile et si peu travaillé dans le 9ème art ?

Heureusement qu'il reste des sujets peu travaillés dans le 9ème art. On tournerait en rond sinon.

Comment travaillez-vous ? Avec quels outils ? Alors mine de plomb ou Photoshop ?

Sur ce point j'avoue être un peu old-school entre mes encrages au pinceau et mon lettrage à la sergent major.. Je ne suis pas psychorigide, c'est surtout que j'aime garder une trace directe de mon travail. J'ai un peu de mal avec l'idée de dématérialiser com

Interview de Alex W. Inker pour Apache chez Sarbacane.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus ? La narration ou le dessin ?

La narration définitivement. Si mon appartement prenait feu et qu'il fallait que je sauve mon travail, je laisserais brûler mes planches mais j'emporterais mes moleskines.

Quels sont vos modèles dans le dessin ? Vos références.

Dans ceux qui encrent au pinceau, je pense à Milton Caniff, Seth, Charles Burns... mais je me souviens d'avoir été particulièrement soufflé devant la finesse de l'encrage d'une planche de Floyd Gottfredson.

Qu’évoque pour vous Little Nemo in Slumberland

L'attraction bien sûr, mais surtout l'immersion. Winsor McCay est un dessinateur génial doublé d'un showman hors pair, c'est un forain et c'est dans les foires du dix-neuvième siècle qu'est né l'entertainment du vingtième siècle. Il a vite compris qu'avec le peu de moyen qu'offre la bande dessinée il avait un pouvoir illimité. J'ai les grandes rééditions de chez Delcourt, les planches y sont au format de leur publication dans le New York Herald, elles font littéralement écran. Et ce sont des écrans poreux, tout dans ses planches est organisé pour travailler le lecteur au corps, s'adresser directement à lui, le dessin, la perspective, la couleur... Dans les années dix quand il se met au cinéma d'animation, l'écran est toujours poreux, soit c'est McCay lui-même, bonimenteur, qui invite le spectateur dans le film comme dans Gertie the Dinosaur (1914), soit ce sont les personnages qui sortent du film comme dans Bug Vaudeville (1921) ou alors il efface les limites de l'écran, l'obscurité de la salle se marie à celle du film, et invite les spectateurs à le suivre dans l'espace où l'emmène The Flying House (1921), c'est le même principe que pour Gravity (2013). Sur le papier tout est possible.

Et vos futurs projets quels sont-ils ?

J'ai deux moleskines qui se remplissent. Pour l'instant je vais rester discret sur leur contenu.

Merci Alex et à bientôt.

Interview de Alex W. Inker pour Apache chez Sarbacane.

Partager cet article

Repost 0
Published by Oncle Fumetti
commenter cet article

commentaires