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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 06:55
Interview de Héloïse Grandin, libraire à L’Armitière à Rouen.

Oncle Fumetti continue d’explorer le monde du 9ème art. Si les dessinateurs et les scénaristes sont des acteurs majeurs de ce secteur artistique mais aussi économique. Si les éditeurs sont les personnes qui les « produisent », il est un acteur qui n’est pas neutre dans la réussite d’un livre ou dans la carrière des créateurs ; le libraire. Il est celui qui met en contact la création , « le produit » avec le client final, celui qui achète. Oncle Fumetti a voulu en savoir plus et le mieux c’était de questionner une spécialiste ; Héloïse Grandin de la librairie L’Armitière à Rouen.

Bonjour Héloïse Grandin, comment devient-on libraire spécialisée en BD quand on est dans une grande librairie? Est-ce le hasard ? Le goût pour ce style de livres ? Est-ce une compétence particulière ? Comment devient-on compétent dans ce domaine particulier ?

Comment devient-on libraire spécialisée BD ? Je ne me vois pas comme une spécialiste de la BD mais plutôt comme une amoureuse ou une passionnée. Je suis rentrée à l'Armitière comme étudiante l'été et je ne suis jamais repartie. J'ai pu évoluer et il y a 4 ans, quand le libraire en place en BD est parti, j'ai fait savoir que ça m'intéressait. Je baigne dans cet univers depuis l'enfance, mon père étant un grand amateur, voir collectionneur de BD. Enfant j'ai bien sur lu Tintin, Boule et Bill, Gaston, Astérix et autres mais aussi Zoé et Arthur ou encore Modeste et Pompon. Puis ado, ça a été Les Passagers du vent, Julie Wood (mon héroïne!), Julie Claire et Cécile ou les Léo (Aldébaran et cie). Ensuite je crois que la compétence vient en lisant un peu de tout. En affutant ses préférences, en dévorant l'oeuvre d'auteurs en particuliers, en feuilletant, en essayant. Et puis, en étant à l'écoute des clients.

Comme Oncle Fumetti se doute qu’il y a un acheteur au-dessus de vous, après ce premier échelon ou premier filtre, comment organisez-vous votre rayon ? Comment opérez-vous vos choix ? Comment se fait le choix de la mise en avant ? Qui décide et en fonction de quels critères est-ce décidé ? Veillez-vous à laisser sa place, sa chance à chacun ?

Vaste sujet... Effectivement, je n'effectue pas moi-même les achats de nouveautés, seulement le réassort. Pour ce qui est de la mise en place, je suis assez libre de mes choix. Si j'ai aimé une BD plus particulièrement, je vais faire en sorte de la mettre en avant, soit par un bandeau coup de coeur, soit simplement en la conseillant au plus grand nombre! Après, bien sûr, il y a des impératifs. Prenez des titres comme Astérix ou Blake et Mortimer par exemple. On ne peut tout simplement pas passer à côté donc bien sûr, ils sont mis en avant, en général en grand nombre. La librairie est un lieu d'échange, de culture mais avant tout un commerce ... Quand à laisser sa chance à chacun. C'est parfois compliqué, notamment en fin d'années, les sorties étant extrêmement nombreuses, c'est difficile de tout mettre en avant. Alors il arrive parfois que certaines pépites passent à la trappe et c'est bien dommage. Mais c'est pareil dans chaque rayon de la librairie, pas uniquement en BD.

Comment concilie-t-on dans les rayons les différentes classes d’âge, thématiques, styles, maisons d’éditions. On sait que le secteur de la distribution est soumis à des tailles de « facing », à des contingences commerciales avec les maisons d’éditions sur les surfaces de vente, sur la mise en avant et il y a de plus en plus de BD. Cela doit être difficile non ?

Oui et non. Le rayon est divisé en 3 sous rayons: il y a un rayon jeunesse, une partie séries et une partie "auteurs". Les classements sont vraiment spécifiques d'une librairie à une autre. C'est parfois compliqué de faire la différence entre ado et adultes mais je crois que c'est propre à chaque secteur. Encore une fois, je suis assez libre de mon classement, l'avantage étant que je sois seule dans ce rayon. Mais pour être franche, ça n'est pas toujours un classement logique :). Enfin, il l'est pour moi, pas pour les autres. Mais c'est aussi à ça que sert le libraire! Conseiller, diriger, aider le client dans ses choix.

Chris Ware - Building Stories

Chris Ware - Building Stories

Est-ce avant tout une histoire commerciale ou est-ce aussi une histoire de goût de lecture ou de choix artistique pour ce qui concerne une BD qui est aussi une œuvre artistique, graphique ?

C'est clairement une histoire commerciale pour certains titres. Quant aux autres, c'est une histoire de goût mais pas forcément les miens. Il y a une clientèle fidèle, notamment du côté des enfants, je sais donc ce qui peut plaire ou non. Bien sûr, j'essaie de mettre mes coups de coeur en avant mais comme vous le soulignez, une BD est une oeuvre graphique et artistique. C'est très subjectif, encore plus qu'un roman puisqu'en dehors de l'histoire racontée, il faut aussi être sensible au dessin, au coup de crayon, à ce que le dessinateur a voulu faire passer à travers son dessin.

Vivez-vous les invendus et leurs retours aux diffuseurs comme un échec ? C’est une façon de constater que l’on n’a pas su faire adhérer le lecteur pour un livre que l’on a choisi ?

Non, pas du tout! Comme je le soulignais plus haut, il y a énormément de sorties, chaque semaine alors forcément, il y a des retours obligatoires. Même si le but étant de vendre un maximum de titres bien sûr. Quant au fait de ne pas avoir su faire adhérer le lecteur à un coup de coeur et bien tant pis ! Encore une fois, tout est question de subjectivité. Je préfère me réjouir de voir partir entre les mains d'un lecteur ceux que j'ai aimé plutôt que de m'attrister de les voir repartir chez l'éditeur.

Des BD sont-elles censurées ? Existe-t-il une censure des libraires ?

C'est une très bonne question! Je ne m'étais jamais interrogée à ce sujet. Oui, je pense qu'en BD comme dans d'autres rayons, des BD peuvent être censurées mais personnellement, je ne l'ai jamais fait. La censure étant une privation de liberté, à mon sens. Encore une fois, tout est question de goût. Ce n'est pas parce que le libraire n'aime pas ou juge qu'un livre n'a pas sa place dans son rayon qu'il doit l'interdire. Ce n'est pas son rôle.

Est-ce que la typologie des clients entre en ligne de compte ? Plus simplement est-ce que l’on met en avant des livres en se disant que sa clientèle traditionnelle va acheter et donc que le chiffre d’affaires va être bon ou y-a-t-il encore une place pour l’œuvre atypique qui étonne, dérange ou sort des « sentiers battus » ?

Oui, clairement. J'aime la BD mais il faut aussi penser à manger et pour avoir un salaire à la fin du mois, il faut vendre un minimum :)

Mais quand des nouveautés arrivent, je pense à certains clients. Je me dis que telle ou telle BD peut plaire à telle ou telle personne et je fais en sorte soit de la mettre en avant, soit de la sortir des rayons pour la conseiller lorsque je vois la personne concernée. Mais malgré cela, il y a toujours de la place pour les BD atypiques. Je pense notamment à celle de Manu Larcenet "Microcosme" ou encore celle de Chris Ware " Building stories". Heureusement que ces BD peuvent encore exister d'ailleurs ! Ce serait un peu monotone si l'on avait toujours le même genre d'ouvrages.

Est-ce que l’on peut laisser ses goûts personnels de côté en arrivant à la librairie ? Quels sont d’ailleurs vos goûts personnels en matière de BD ? Si ce n’est pas indiscret…

Je crois qu'il est important de ne pas laisser ses goûts personnels de côté justement! Bien au contraire, c'est ce qui fait la force d'un libraire. Il faut bien sûr être ouvert aux autres mais les goûts personnels sont importants.

Je suis assez éclectique dans mes lectures. J'aime beaucoup le dessin de Gibrat (Le sursis est l'une de mes BD préférées). Larcenet, Chabouté, des séries comme De Cape et de Crocs, Blacksad, Pico Bogue ou les Carnets de Cerise (pour ne pas laisser la BD jeunesse de côté). Les mondes d'Aldébaran, Panaccione, Craig Thomspon (Blankets), Bastien Vives (Dans mes yeux, Polina) ... Et beaucoup, beaucoup d'autres !!

En tant que libraire, qu’est-ce qui vous fait le plus plaisir ? Voir se vendre une œuvre différente qui aura été mise en avant par vous ou autre chose ?

Pas forcément. Forcément, voir une BD que j'ai aimée et mise en avant se vendre me fait plaisir. Mais j'aime beaucoup partager avec les lecteurs. Adultes comme enfants mais j'avoue être assez fière lorsqu'un enfant ne lisant pas beaucoup revient me voir pour acheter les tomes suivants de la série que je lui avait conseillé. Si j'ai choisi ce métier c'est pour les livres d'une part mais aussi pour l'échange, le partage, le débat qu'il peut susciter, que ce soit avec les clients/lecteurs comme avec les collègues.

Merci Héloïse Grandin pour vos réponses. Nous entrerons tous dans une librairie avec un autre regard.

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 06:55
Paroles de BD... Jirô Taniguchi.

« ...Le paradoxe, c’est que tout en étant mangaka, mon style est assez proche de la bande-dessinée à l’européenne et que je mets beaucoup d’éléments dans chaque image. Je me situe sans doute entre la BD et le manga de ce point de vue. Et c’est peut-être ce qui fait que pour certains lecteurs japonais mes mangas sont difficiles à lire.... »

Tiré d'une interview donnée à Benoït Peeters le 25/03/2013 dans Rue89

Jiro Taniguchi est né le 12 août 1947 au Japon. Il débute dans la bande dessinée en 1970.. Il publie de nombreux ouvrages associés notamment à Natsuo Sekikawa. À partir de 1991, Jirô Taniguchi signe seul de nombreux albums, dont L'Homme qui marche, Le Journal de mon père, Quartier Lointain ou encore Terre de rêve, publiés par Casterman. Le premier volume de Quartier Lointain a remporté, lors du Festival d’Angoulême 2003 deux prix. Il est fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2011.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 06:55
Les légendes de la Bande Dessinée par Oncle Fumetti...Milton Caniff et Terry et les Pirates

Milton Arthur Paul Caniff est né le 28 février 1907 à Hillsboro dans l'Ohio. C'est un auteur de bande dessinée américain surtout connu pour Terry et les Pirates et Steve Canyon.

Dès 1932, il travaille par l' Associated Press pour remplacer un autre auteur Al Capp sur une série.L'année suivante, il travaille sur Dickie Dare. Elle lui servira à élaborer ses séries suivantes. En octobre 1934, le New York Daily News l'embauche pour créer une nouvelle série, Terry et les Pirates, sur une suggestion de Joseph Medill Patterson. Toujours cet impact des journaux dans le développement des comics et plus généralement de la Bande Dessinée mondiale. Pour produire son strip au quotidien, il est assisté par Noel Sickles. Avec ce dernier, il a aussi réalisé des publicités.

Pendant la guerre, il produit également, de manière bénévole, une version pour les militaires de Terry et les Pirates. Le personnage de Terry ne figure pas dans la série, car un personnage féminin nommé Burma le remplace. Le Miami Herald, qui paie pour avoir le droit de publier Terry y prend ombrage et se plaint de l'existence de cette série parallèle qui est, du coup, renommée Male Call. La même année, en décembre, il cesse de travailler sur Terry et les Pirates car il n' en est pas le possesseur. Il créera en suivant une série, Steve Canyon pour le Chicago Sun-Times. il restera sur ce projet jusqu'à sa mort le 3 mai 1988 à New York. Il est considéré comme un maître du noir et blanc. Il a été le quatrième auteur à être ajouté au Will Eisner Award Hall Of Fame 1989.

Terry et les Pirates raconte les aventures de deux personnages principaux, le jeune américain Terry Lee ainsi que son ami journaliste Pat Ryan, lesquels débarquent en Chine. Ils sont à la recherche d'une mine d'or perdue. Elle a été découverte par le grand-père de Terry. Ils sont rejoints par un troisième personnage Georges Webster Confucius, surnommé Connie, qui leur servira d'interprète, de guide local, et qui deviendra leur ami. Viendront ensuite deux personnages féminins incontournables de la série, la blonde Burma rencontrée sur une île de la mer de Chine et mais aussi la brune sulfureuse Dragon Lady. En décembre 1946, Caniff, qui n'a aucun droit sur cette série, décide donc comme dit plus haut de l'abandonner, pour en démarrer une nouvelle dont il serait le propriétaire et dont il aurait le contrôle artistique : ce sera Steve Canyon dès le 19 janvier 1947 dans les pages du Chicago Sun.

Après le départ de Caniff, Terry et les Pirates sera repris par George Wunder du 30 décembre 1946 au 25 février 1973. Les maisons d'éditions français auront tenté plusieurs fois de publier les aventures de ces personnages sans grand succès. Il reste néanmoins un style très reconnaissable.

Milton Caniff

Milton Caniff

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 06:55
Les bonnes lectures d'Oncle Fumetti...Les quatre fleuves de Fred Vargas et Edmond Beaudoin chez Viviane Hamy.

Edmond Beaudoin a cela de particulier qui assure des collaborations avec des partenaires illustres et très à la pointe dans leurs domaines de compétence. Il sait s'entourer. On lui connait des œuvres faites en collaboration avec Le Clézio, Tahar Ben Jelloun. Il nous a présenté aussi une œuvre particulière avec Fred Vargas. En effet sorti en 2000 aux Editions Viviane Hamy un travail très particulier tiré d'un roman de cet écrivain que l'on ne présente plus. Il ne s'agit pas là de leur seule collaboration puisqu'il y en eut une deuxième quelques années plus tard mais plus dans le domaine de l'illustration qui est également un domaine de compétence de Baudoin. Les 4 fleuves est une BD policière en Noir et Blanc. Elle raconte les mésaventures d'un jeune homme, délinquant Grégoire Braban et son ami Vincent. Ceux-ci pratiquent le vol à la tire. Un jour à Saint-Michel, ils arrachent la sacoche d’un vieil homme et pensent avoir décroché le gros lot.Seulement, Vincent est écœuré par ce que ce sac contient encore et a le sentiment que ce qu'il y trouve est mauvais. Lorsqu'il retrouve son ami, il le trouve assassiné et prévient la police anonymement après avoir récupéré le sac et son contenu. Le commissaire Adamsberg est chargé de l'enquête. S'ensuit alors une course poursuite : le vieillard compte récupérer son bien quel qu'en soit le prix, Adamsberg court après le criminel et Grégoire fuit, ne sachant d'où vient le plus grand danger. Police ou vieil homme? Mais le commissaire est fermement décidé à protéger ce fuyard sur fond de meurtres non élucidés...

C'est un excellent polar, très sombre et réaliste. Le style de Beaudoin est très adapté à l'oeuvre et l'univers de Fred Vargas. A sa sortie le livre reçut un très bonne accueil de la critique. A découvrir ou à redécouvrir. On le trouve très facilement sur Amazon ou sur Ebay.

Les bonnes lectures d'Oncle Fumetti...Les quatre fleuves de Fred Vargas et Edmond Beaudoin chez Viviane Hamy.
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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 06:55
Le rapport de Brodeck – l'autre de Manu Larcenet chez Dargaud

le synopsis de Dargaud :

«Manu Larcenet s'attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d'oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Mais lorsque l'auteur de Blast et du Combat ordinaire s'empare du texte, c'est pour le faire sien et lui donner une nouvelle vie, éclatante, sombre et tragique. Des pages d'une beauté stupéfiante, magnifiant la nature sauvage et la confrontant à la petitesse des hommes ; une plongée dans les abîmes servie par un noir et blanc sublime et violent. Un très grand livre. »

Un nouvel album de Mister Larcenet c'est toujours un moment précieux. On se doit de le prendre avec distance pour goûter l'instant. Un peu comme un bon alcool que l'on laisserait infuser en bouche. On ouvre le livre. On tourne les pages. Calé dans un fauteuil club en cuir, usé ce qu'il faut. Les planches, les cases sont traitées avec finesse, avec élégance. C'est simple et beau à la fois. Ce n'est sûrement pas antinomique. L'oeuvre de Philippe Claudel devient celle de Manu Larcenet. Il en fait son travail. Adapter un livre de mots en livre d'images et de dessins est un risque et l'essai est réussi. On reste parfois sans voix et sans mot pour ces dessins magnifiques. Il est trop tôt pour se prononcer mais c'est assurément un des albums de l'année. Peu à écrire en fait. Le livre se suffit à lui-même. A lire absolument. A posséder très certainement. A déguster...

Manu (Emmanuel) Larcenet est né le 6 mai 1969 à Issy-les-Moulineaux. D'abord cours de graphisme au lycée de Sèvres, puis école des Arts Appliqués. C'est un artiste passé par l'illustration pour Wind Magazine puis par Fluide Glacial. C'est l'auteur de Blast. Il est primé et très primé. Notamment en 2004 à Angoulême Prix pour le premier album, pour le 1er tome du Combat ordinaire. Prix des libraires de bandes dessinées en 2010 pour le 1er tome de Blast : Grasse Carcasse. Sélection officielle du Festival d'Angoulême 2015 pour le tome 4 de Blast : Pourvu que les bouddhistes se trompent. 15 prix en 15 années. C'est dire le talent de cet artiste.

Le rapport de Brodeck – l'autre de Manu Larcenet chez Dargaud
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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 06:55
Les 3 fruits de Zidrou et Oriol chez Dargaud.

Le synopsis de Dargaud :

«Trois ans après le succès de La Peau de l'Ours, Zidrou et Oriol se retrouvent pour le conte Les 3 Fruits. Après 40 années de règne, le roi arrive au terme de sa vie. La peur de mourir devient son obsession. En échange de la vie éternelle, il promet sa fille à un mage démoniaque et devra manger la chair de son fils le plus valeureux... Zidrou joue avec les motifs traditionnels du conte (mise à l'épreuve des fils, répétition des séquences) pour nous offrir un voyage terrifiant, sublimé par les couleurs d'Oriol.»

Oncle Fumetti a gardé son âme d'enfant. Zidrou et Oriol l'ont gâté. Ces auteurs qui ont leurs habitudes ensemble nous proposent un conte qui aurait fort bien pu avoir été écrit par Charles Perrault ou de Hans Christian Andersen. Toujours une thématique récurrente, le roi qui tyrannise son peuple et ses proches, attiré qu'il est par le goût du pouvoir, par l'argent, la beauté éternelle ou la vie éternelle. Le récit est très agréablement mené par Zidrou qui est une valeur sûre. Il sait conduire une dramaturgie et ménager les effets. Le travail graphique de Oriol est magnifique et le mot est pesé. Ce qui frappe le plus c'est la colorisation. Cet artiste est passé maître dans l'art de manier les couleurs. On est frappé par la beauté des rouges, des bleus et par l'harmonie qui se dégage de l'ensemble. Cela contribue à rendre ce livre incroyablement beau. Cela n'aurait pu être qu'un conte philosophique de plus mais cela devient un bijou. C'est sorti.

Zidrou alias Benoît Drousie est né en 1962 à Bruxelles. Il commence comme instituteur. Il se lance dans l'écriture. En 1991 il s'ouvre à la BD avec Ducobu...L'élève Ducobu qu'il crée avec le dessinateur Godi. Il scénarise pour le Lombard, Casterman et Dupuis. En 2010 sort le très beau « Lydie » qu'il concocte avec Jordi Lefebre. Il vit en Espagne à côté de Malaga.

Oriol est espagnol. Il est l'un des auteurs espagnols les plus prometteurs. Il étudie à l'Ecole Joso de 1996 à 2003 ; il commence sa carrière dans le domaine de l'animation. Il a collaboré avec la société de production Filmax, où il a travaillé à la production de Donkey Xote en s'occupant du développement graphique. Il a également développé des concepts et des backgrounds pour le film Noctura. Aujourd'hui, il enseigne dans son ancienne école, l'illustration numérique. En 2012, après une première collaboration en 2010, il publie chez Dargaud, La Peau de l'ours un one-shot qui nous fait voyager entre l'Italie moderne et les Etats-Unis des années 30 et déjà chroniqué par le Vieux Fumetti à sa sortie.

Les 3 fruits de Zidrou et Oriol chez Dargaud.
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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 06:55
Le fantôme arménien de Laure Marchand, Guillaume Périer et Thomas Azuélos chez Futuropolis.

Le synopsis de Futuropolis :

«Pour ce récit de bande dessinée documentaire, Laure Marchand, Guillaume Perrier et Thomas Azuélos ont suivi le voyage de Christian Varoujan Artin, depuis Marseille jusqu’en Turquie, sur les traces de sa famille. Varoujan, 54 ans, vit à Marseille où 10 % des citadins de la cité phocéenne ont des racines en Arménie. Militant, il s’occupe d’animer le centre Aram pour la reconnaissance du génocide et assure la préservation de la mémoire et de la culture de la diaspora arménienne, comme son père et son grand-père avant lui. Il décide de monter une exposition de portraits d’Arméniens en Turquie, pays des bourreaux de ses ancêtres. Avant 2014, Varojan n’avait jamais envisagé d’aller en Turquie, au risque de « piétiner les ossements de ses ancêtres ». Le voyage jusqu’à cet « Auschwitz à ciel ouvert » représentait donc un enjeu très fort pour lui et pour sa femme, Brigitte Balian, qui l’accompagnait. Mais ce n’était pas seulement un pèlerinage. Varoujan et Brigitte ont également rencontré les descendants des Arméniens qui ont réchappé aux massacres et

sont restés en Turquie en 1915. Car aujourd’hui ces Arméniens kurdes, turcs, alévis, musulmans, sortent de l’ombre, racontent leurs histoires et aspirent à retrouver une identité perdue... »

C'est un rès beau livre-reportage qui sort l'année du centenaire du début du génocide arménien par les turcs que nous propose Futuropolis. Les auteurs ont choisi de nous narrer le voyage d'un descendant issu de la diaspora arménienne qui vit dans notre pays. Ils se sont insérés dans la vie française et lui apportent leurs talents. Ce voyage inititiatique nous plonge dans la mémoire et présente la vie de ces personnes et de ces peuples. On y découvre une culture que nous ignorons bien souvent. C'est le moment de présenter l'indicible et de voir les visages et les vies de ces gens qui sans le combat de beaucoup seraient passés dans l'oubli après avoir connu la mort de manière atroce. C'est bien écrit, bien documenté et un vrai travail artistique réhausse la qualité de cette oeuvre si particulière. On y comprend mieux la diversité des peuples de ces régions et on perçoit mieux les enjeux d'une zone géographique encore actuellement très agitée. A découvrir absolument.

Thomas Azuélos est né en 1972 à Sète et vit aujourd'hui à Marseille. Illustrateur pour la presse et dessinateur de bande dessinée, il a fait de la scénographie et du dessin animé. En 2010, il a reçu avec Serge Avédikian la Palme d’Or du court métrage pour Chiennes d’histoire .

Laure Marchand et Guillaume Perrier sont nés en 1976 et vivent à Paris. Journalistes, ils ont vécu dix ans à Istanbul. Ils sont les auteurs de La Turquie et le fantôme arménien, une enquête sur la mémoire du génocide arménien en Turquie. Guillaume Perrier travaille pour le journal Le Monde et Laure Marchand pour Le Figaro

Le fantôme arménien de Laure Marchand, Guillaume Périer et Thomas Azuélos chez Futuropolis.
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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 06:55
Les rêveurs lunaires de Cédric Villani et Baudoin chez Gallimard.

Le synopsis de Gallimard :

«Werner Heisenberg, l'incertain. Alan Turing, l'affranchi, Leo Szilard, le prophète errant et Hugh Dowding, le chevalier du ciel. Physiciens, mathématicien et militaire, ils ont été les acteurs cruciaux autant que discrets d'une aventure qui les dépassait : la Seconde Guerre mondiale. Un jour, une nuit, en songeant dans la rue ou en rêvant au clair de lune, ils ont eu un éclair de lucidité qui a changé la face du monde. »

Un livre de Baudoin est toujours un événement. Cet artiste chevronné et sûrement pas reconnu du grand public à la hauteur de son talent et de son apport, propose toujours des œuvres différentes qui cassent les codes de son genre avec élégance et intelligence. On ne présente plus Cédric Villani. Ce mathématicien brillant au look si particulier est un pédagogue et un « original ». Il était évident que la collaboration de ces deux individus allait faire des « étincelles ». Ce livre est une grosse étincelle. Choisir de publier un livre de vulgarisation sur l'Histoire de cet ordre est incroyable. A ce stade on ne parle plus de Bande Dessinée. C'est un roman graphique. Cela tient du roman, du carnet et de l'oeuvre artistique. C'est beau, interessant et riche. On découvre de manière presque ludique si le sujet n'était pas aussi lourd et par certains aspects glaçants le parcours de personnages qui ont changé la face du monde. Pas forcément de la meilleure des manières. Mais cela c'est à chacun de se faire son idée. Oncle Fumetti n'en dit pas trop et vous laisse découvrir ce travail par ces deux créateurs hors norme. C'est sorti ce mois.

Cédric Villani est né le 5 octobre 1973. C'est un mathématicien français. Il est le directeur de l'Institut Henri Poincaré mais aussi professeur à l' Université Calude Bernard Lyon 1. Il a été décoré de la médaille Fields en 2010. Spécialiste de l'analyse il a travaillé sur des problèmes issus de la physique statistique, ou de la géométrie riemmannienne.

Edmond Baudoin est niçois. Il nait en1942. Il quitte l'école tôt et travaille dans la comptabilité

jusqu'à l'âge de 33 ans. Il quitte alors son emploi pour se consacrer au dessin. Il œuvre «Circus»,«Pilote» et «L'Écho des Savanes». Il est publié en 1981. Il signe beaucoup de livres, des BD. Il travaille avec des Grands ; Le Clézio, Fred Vargas, Tahar Ben Jelloun. C'est une référence dans le monde de la Bande Dessinée.

Les rêveurs lunaires de Cédric Villani et Baudoin chez Gallimard.
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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 06:55
Paroles de BD...Enrico Marini.

« ...La couleur sert à créer une ambiance, souvent d’une scène à l’autre je change de couleur, en respectant une harmonie sur la planche, qui facilite la lecture. Cela permet aussi de dramatiser certaines scènes. Je garde une lisibilité. Certains coloristes utilisent maladroitement la couleur. Tout est si coloré qu’on ne reconnaît même plus le dessin ! Il faut au contraire simplifier, harmoniser. La case est un support... »

Tiré d'une interview de Mediapart du 14 octobre 2009. Propos recueillis par Olivier Bry.

Enrico Marini est italien. Il est né à Liestal en 1969 en Suisse. Il vient à la BD très tôt à l’âge de 14 ans. Il étudie à Bâle dans une école des Beaux Arts. Sa carrière débute dès 1987. Il est à la fois scénariste et dessinateur. Il est talentueux tant par son dessin que par son talent de narrateur

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 06:55
L'homme montagne de Séverine Gauthier et Amélie Fléchais chez Delcourt.

Le synopsis de Delcourt :

« Grand-père ne peut plus voyager. Les montagnes qui ont poussé sur son dos tout au long de sa vie sont devenues trop lourdes. L'heure est venue pour lui de penser à son dernier voyage, mais c'est un voyage qu'il doit faire seul. L'enfant lui fait alors promettre de ne pas partir tout de suite. Il va aller chercher pour lui le vent le plus puissant qui soit, celui qui peut soulever les montagnes. »

Le monde de la Bd nous offre très souvent des moments de grace. Ce monde est ouvert à tout. Parfois et souvent au merveilleux. Ce livre proposé par deux femmes est incroyable. C'est un univers très intéressant.

On entre dans quelque chose de différent. On est surpris et émerveillé. Déjà le thème est poétique et il est traité avec finesse et beauté. C'est très sensible. D'entrée de jeu, on essaie dans le caser dans l'univers de la Jeunesse. Des cases, des classifications entre et toujours. Ce livre peut être lu par tous. Il y a un "oeucuménisme" très intéressant. Pour les plus jeunes c'est une jolie histoire. Pour les plus grands c'est une jolie passerelle lancée entre les générations. Les planches et les dessins sont gracieux. C'est tendre et les couleurs pastelles ajoutenr à la sensibilité. C'est absolument à découvrir.C'est sorti le 18 mars donc vous le trouvez dès maintenant.


Séverine Gauthier est né en 1977 à Reims. Elle est écrivain et scénariste. Très vite, elle crée des histoires qu’elle dessine. Elle délaissera finalement le dessin pour se consacrer à l’écriture. Professeur d’anglais dans un lycée, Séverine Gauthier n’a jamais cessé d’écrire. Passionnée par la littérature pour enfant, elle a de nombreux projets d’écriture. Noodles, paru en mai 2006 aux éditions Soleil, est le premier de ses projets à voir le jour, une grande aventure teintée de fantaisie et d’humour. L'homme montagne est son 12ème livre.

Amélie Fléchais est une jeune artiste qui travaille dans l'illustration et dans l'animation. L'homme montagne est son troisième livre. Sa première collaboration puisqu'elle avait plutôt travaillé en mode solo sur les deux premiers. A lire donc Chemin perdu paru en 2013 et petit Loup rouge paru en 2014. Une publication par année. Pas mal !!!

L'homme montagne de Séverine Gauthier et Amélie Fléchais chez Delcourt.
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